BIOLTROP

Vous êtes ici : Accueil » Diagnostic des MYCOBACTERIOSES

>>Ulcère de Buruli : Mycobacterium ulcerans

4 novembre 2009
Auteur(s) : 

Niveau de mise à jour : 4

Nous poser une question


GIF

L’ulcère de Buruli est une maladie due à Mycobacterium ulcerans, caractérisée par l’évolution vers de vastes ulcérations cutanées. Elles évoluent le plus souvent vers des séquelles invalidantes.

Epidémiologie

- C’est la troisième mycobactériose la plus fréquente dans le monde, après la tuberculose et la lèpre.
- Elle sévit dans les zones intertropicales humides.
- Les foyers endémiques sont souvent situés près de marécages, de lacs, de cours d’eau, de barrages hydroélectriques et des exploitations hydro-agricoles.
- La pathologie est due à la sécrétion par M. ulcerans d’une toxine, la mycolactone, cytotoxique, d’où les délabrements et immunosuppressive.
- Le réservoir de germes est hydro-tellurique et probablement par portage chez certains animaux et insectes : les punaises aquatiques (Naucoridae)
- La contamination se ferait en milieu aqueux, par des micro-traumatismes et par inoculation par Naucoridae.
- Il n’y a pas de contamination interhumaine par M. ulcerans.
- Les enfants des zones rurales sont les plus touchées.

Clinique

Elle évolue en trois phases après une incubation de quelques semaines à plusieurs années :
- une phase de début, pré-ulcérative, avec une lésion initiale à type de nodule, papule, placard ou d’œdème, non inflammatoire et indolore, cliniquement très peu spécifique. Le plus spécifique est la chronicité et l’indolence des lésions ;
- une phase d’ulcération aux bords décollés, entouré d’œdème. Sauf surinfection, l’état général est bon, sans fièvre ;
- une phase de cicatrisation lente avec de fréquentes récidives.

L’évolution est longue, de 6 mois à 36 mois, émaillée de surinfections et de dénutrition. Les séquelles sont habituelles, invalidantes et définitives.

Diagnostic biologique

Le diagnostic biologique est primordial, car il permet de réaliser immédiatement une petite exérèse au lieu d’avoir recours plus tard à une chirurgie bien plus lourde.

- Prélèvements (attention : toujours porter au minimum lunettes et masque de protection) :

  • aspiration à l’aiguille pour les formes non encore ulcérées :
    • effectuer une asepsie de la peau. Bien attendre que l’antiseptique ait séché,
    • utiliser une seringue de 10 ml et une aiguille de diamètre moyen (type aiguille à intraveineuse pour adulte),
    • ponctionner si possible dans une zone semblant plus mole ou, si vous n’en trouvez-pas, au centre de la lésion, en enfonçant l’aiguille de 0,5 à 1 cm,
    • l’aiguille étant dans la lésion, aspirer franchement et, en maintenant l’aspiration, faire des mouvements de va-et-vient sans sortir de la peau.
    • relâcher le piston, reculer l’aiguille sans sortir de la peau et la renfoncer avec un angle différent d’environ 30° de la première ponction,
    • tirer sur le piston et faire, de nouveau des mouvements d’aller-retour,
    • relâcher le piston et retirer l’aiguille de la lésion,
    • exprimer le liquide obtenu sur une ou deux lames (selon volume obtenu),
    • si une culture est prévue, rincer aiguille et seringue avec 1 ml de sérum physiologique stérile et poussez ce liquide de rinçage dans le milieu de transport qui a été fourni,
    • si une PCR est prévue, rincer aiguille et seringue avec le milieu de transport qui a été fourni.
  • écouvillonnage :
    • avec un écouvillon stérile, écouvillonner délicatement sous les bords décollés de l’ulcère (il n’y a pas de mycobactéries au centre de l’ulcère), en faisant tourner l’écouvillon. Le geste est indolore ;
    • rouler cet écouvillon sur une lame propre et fixer la préparation,
    • si une culture peut être réalisée, effectuer un second écouvillonnage ; puis exprimer l’écouvillon ou casser stérilement son extrémité dans un milieu de transport ou de culture liquide ou, si le milieu de culture est solide, ensemencer sa surface à l’écouvillon.
    • si une PCR est prévue, briser stérilement l’extrémité de l’écouvillon dans le milieu de transport.
  • Biopsie : c’est un geste chirurgical. Elle sort donc du domaine de cette fiche. .

- Examen microscopique : les prélèvements par aspiration à l’aiguille, écouvillon, ou biopsie seront étalés sur lame puis colorés au Ziehl-Neelsen pour rechercher des bacilles acido-alcoolo résistants. Avec d’excellents prélèvements la sensibilité atteint 60 et 80 %, selon les formes cliniques.

M. ulcerans {JPEG}
M. ulcerans


M. ulcerans colorés au Ziehl-Neelsen. Ils se présentent souvent en amas.
Nous remercions Mme Dorothy Yeboah-Manu [1] de nous avoir permis d’utiliser cette photo.

La coloration de Ziehl-Armand, à froid, plus simple et rapide n’a pas, à notre connaissance, été testée sur M. ulcerans.
- Culture : M. ulcerans cultive entre 30 et 32° C comme M. marinum (diagnostic différentiel éventuel), en 6 à 8 semaines. La sensibilité de la culture n’est que de 50 % s’il y a eu décontamination et transport vers un centre équipé.
- Amplification génique (PCR) (de la séquence d’insertion IS 2404 spécifique de M. ulcerans) des échantillons cliniques ou des colonies en culture. Sensibilité de 98 %, spécificité supérieure à 99 %. Elle n’est pas praticable en laboratoire de brousse, actuellement.
- Histopathologie sur biopsie profonde d’une lésion (jusqu’à l’aponévrose). Sensibilité de 90 %. Elle est utile pour poser un diagnostic différentiel lorsque les autres examens sont négatifs. Elle n’est pas praticable en laboratoire de brousse, actuellement.

Prévention et traitement

Il n’y a pas de moyen de prévention.

Chirurgie et antibiothérapie efficace sont les bases du traitement :
- la chirurgie reste la base du traitement. Elle est indiquée à tous les stades de la maladie, de préférence la plus précoce possible,
- l’association rifampicine - streptomycine, 8 semaines, donne des résultats : guérison de 50 % des lésions précoces et ulcérées de moins de 5 cm, réduction du volume lésionnel et donc de l’étendue de l’intervention chirurgicale, diminution du risque de rechute post chirurgicale des formes évoluées ou compliquées (ostéomyélites) [2],
- l’association avec l’amikacine est également utilisée mais sa toxicité sur l’ouïe sur une aussi longue durée la rend bien risquée,
- d’autres associations d’antibiotiques telles que rifampicine et clarithromycine sont à l’étude.


notes

[1Yeboah-ManuNoguchi Memorial Institute for Medical Research, University of Ghana, Legon, Ghana. (I am by this mail (03/06/2014 16:35) give you the authorization to use the photos, once the source is acknowledged. Dorothy)

 En Haut |  Bioltrop © BIOLTROP | http://www.bioltrop.fr |  © Site créé par  Auteur site Claude Colonna